LE NUCLÉAIRE EN FRANCE

Chiffres clés


Source, La Tribune, septembre 2015

En France, les centrales nucléaires fournissent la majorité de l'électricité. Un choix fait dans les années 1960 pour améliorer la sécurité énergétique, et qui a notamment permis l'éclosion de grands acteurs industriels comme EDF ou Areva.

58 réacteurs

La France compte aujourd'hui 58 réacteurs de différentes puissances répartis sur 19 centrales nucléaires. Le pays dispose ainsi du parc nucléaire le plus important du monde au regard de sa population.

1957

C'est à Chinon, en Indre-et-Loire que débute, en 1957, la construction d'EDF1, le premier réacteur électronucléaire à usage civil en France. Deux autres sont ensuite entrés en activité avant la décision au début des années 1970, pour des raisons économiques et techniques, d'abandonner cette technologie au profit des réacteurs à eau pressurisée qui équipent aujourd'hui les centrales françaises.

77%

Selon le dernier bilan électrique de RTE, le nucléaire représente 77% de la production d'énergie totale en France en 2014, contre 12.6% pour l'hydraulique, 5% pour les centrales thermiques à combustibles fossiles, 3.1% pour l'éolien et 1.1% pour le photovoltaïque.

2e

La France est le deuxième producteur mondial d'électricité nucléaire derrière les Etats-Unis et loin devant la Russie, la Chine (même si sa part augmente), le Canada ou le Royaume-Uni. Aujourd'hui, 434 réacteurs nucléaires sont ainsi en fonctionnement dans le monde, et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) mise sur 287 nouvelles tranches dans le monde d'ici 2030.

220 000

En France, le secteur nucléaire regroupe 2 500 entreprises et 220 000 salariés, selon la société française d'énergie nucléaire (SFEN). Certaines régions ont développé des compétences nucléaires spécifiques, comme Rhône-Alpes, dans l'enrichissement de l'uranium ou la Bourgogne dans la fabrication des gros composants pour réacteurs. La filière nucléaire s'impose ainsi comme la troisième filière industrielle française, derrière l'aéronautique et l'automobile. En 2012, le comité stratégique de la Filière Nucléaire, estimait que son dynamisme croissant à l'exportation et le renouvellement de ses effectifs lui permettraient, si l'ensemble du parc nucléaire était préservé, de recruter 110 000 personnes d'ici 2020.

20 milliards

« C'est le montant économisé chaque année en importations de gaz et de charbon grâce au recours à l'énergie nucléaire », selon Areva. Sachant par ailleurs que la filière nucléaire génère un chiffre d'affaires de 46 milliards d'euros dont 14 milliards de valeur ajoutée.

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Un réacteur en fonctionnement n'émet aucun rejet de CO_. C'est pourquoi beaucoup disent qu'il est un atout dans la lutte contre le réchauffement climatique. La construction et le démantèlement de centrales, en particulier de réacteurs, sont néanmoins, eux, émetteurs de CO_. des renouvelables et de diversifier les sources d'énergie du pays.

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Un réacteur nucléaire, l'EPR, est actuellement en construction à Flamanville (Basse-Normandie) et devrait être mis en service en 2017. Les derniers réacteurs à avoir été mis en service datent de la fin des années 1990 et se trouvent dans la centrale de Civaux (Vienne). Selon EDF, « les objectifs de conception et d'exploitation de l'EPR permettent notamment : une utilisation plus efficace du combustible à production d'électricité constante, une diminution de 17% de la consommation de combustible par rapport aux réacteurs de 1 300 MW, et une production de déchets radioactifs réduite de 30 % ». Il sera aussi le réacteur le plus puissant au monde (1 650 MW, contre 1 500 MW pour les plus récents).

Le débat sur le nucléaire en France



Pointé du doigt par les associations écologistes depuis quelques années, le vieillissement du parc nucléaire est considéré comme la principale faille en raison de la vétusté et de la dégradation de certains équipements.
Le 2/3 des réacteurs vont avoir plus de 30 ans, l'âge pour lequel ils ont été fabriquées au départ et pourraient être prolongés de 50 ans. Or, des accidents dits « sans conséquence » se produisent quotidiennement. La fermeture des centrales dont celles de Fessenheim est au cœur du débat écologiste.
Fessenheim (Haut-Rhin) fermera-t-elle effectivement en 2016 ou en 2018. Le gouvernement a lié le sort de la plus vieille centrale française à celui du réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche).
La loi sur la transition énergétique promulguée en août 2015 fixe en effet un plafond pour la capacité du parc nucléaire des 58 réacteurs français, à son niveau actuel de 63,2 gigawatts. EDF ayant annoncé que l'EPR de Flamanville serait mis en service en 2018, cela oblige l'électricien à fermer Fessenheim à cette date. Dans une lettre adressée à l'électricien, la ministre de l'Énergie Ségolène Royal lui a demandé en début d'année d'entamer la procédure d'ici « la fin juin 2016 ».
Théoriquement, le plafond fixé par la loi n'empêche pas EDF de fermer avant 2018 cette centrale, critiquée par l'Allemagne et les écologistes, comme celles du Bugey (Ain) ou de Cattenom (Moselle) pour sa vétusté. Mais est-ce possible ?
Le processus complet de fermeture et de démantèlement prend quelques dizaines d'années. Mais on peut techniquement mettre en arrêt une centrale. Grâce aux interconnexions avec les réseaux électriques des pays voisins et les surcapacités de production d'électricité qui existent actuellement en Europe, cela ne poserait « pas de problème » pour compenser la production de Fessenheim qui représente environ 3 % de la production française.
EDF n'a pas l'intention de fermer d'autres centrales, a dit à la mi-février 2016 son PDG Jean-Bernard Lévy, même s'il entend respecter la loi qui vise une réduction de 75 % à 50 % de la part de l'atome dans la production d'électricité d'ici 2025. La ministre de l'Énergie a même indiqué qu'elle était « prête à donner (son) feu vert » pour prolonger la durée de vie des réacteurs, qui passerait de 40 à 50 ans.
EDF a prévu un vaste programme d'investissements (grand carénage) d'environ 50 milliards d'euros pour allonger la vie de ses centrales, ce qui lui permettra d'étaler davantage la durée d'amortissement du parc nucléaire dans ses comptes et donc d'améliorer son équation financière.
Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a rappelé son enthousiasme pour le nucléaire lors de la cérémonie d'ouverture du World Nuclear Exhibition, mardi 28 juin 2016 tout en vantant sa complémentarité avec les renouvelables.
"Le nucléaire est un choix français est un choix d'avenir", a affirmé le ministre. Pour lui, ce salon, qui réunit 700 exposants et accueillera plus de 10 000 visiteurs, prouve que "la filière nucléaire n'est pas en déclin mais qu'elle a été transformée par de nombreux défis", rappelant l'impact de l'accident de Fukushima et des bouleversements en cours sur les marchés de l'énergie. "Le WNE est la vitrine du nucléaire dans un pays qui croit au nucléaire", a-t-il assuré.
Dans ce contexte, le ministre légitime la nouvelle trajectoire française, définie par la loi de transition énergétique visant une réduction de la part de l'atome de 75 à 50 % dans le mix électrique d'ici 2025. "Notre objectif n'est pas un abandon du nucléaire mais une réduction de sa part pour favoriser le développement de nouvelles énergies." Il met en avant la complémentarité qui existent entre les énergies renouvelables "décentralisées et intermittentes" avec le nucléaire "centralisé et stable".
Il ne nie pas les difficultés de la filière nucléaire française. "La France a fait le choix du nucléaire il y a 50 ans et cela n'a pas toujours été facile, nous vivons un de ces moments difficiles (…), le pari de créer un acteur intégré (Areva) n'a pas été un succès. L'Etat a sa part de responsabilité en ayant laissé se développer des tensions entre les acteurs de la filière, ce qui a installé un manque de cohérence à l'international." Constat qui lui permet de vanter le choix de faire désormais d'EDF le seul concepteur et constructeur de réacteurs français avec le rachat à venir par l'électricien d'Areva NP.
Le ministre a fini son discours de manière presque lyrique. "Nous croyons au nucléaire, non pas parce que c'est un héritage du passé mais parce qu'il est au cœur de notre politique industrielle, climatique et énergétique. Pas le nucléaire actuel, mais le nucléaire à venir. Le nucléaire, c'est le rêve prométhéen !"
Les associations écologistes attirent également l'attention des pouvoirs publics sur les failles existantes dans la protection des sites face au risque terroriste.